SANS PRÉTENTION, ni IMPORTANCE

SANS PRÉTENTION, ni IMPORTANCE

S.D.F. à Malaga...


S.D.F. à Malaga...

 S.D.F. à Malaga

 

Côté ouest de Malaga juste après le port, face au parc du huelin, un jour de février 2016.

Coiffée d’un large chapeau de toile, lourdement chaussée, engoncée dans un vieil anorak, elle avançait dans le sable d’un pas incertain, les bras encombrés d’un bric-à-brac lui donnaient une allure un peu étrange en ce lieu, pourtant, elle savait où elle allait, et pourquoi elle y venait.… Elle avait délaissé le « passéo » maritime, pour se rendre à la mer, s’arrêtant à quelques pas de l’eau, posa un grand carton sur la grève, et tout son barda par-dessus, puis assise face à la méditerranée, son regard se noya dans ces eaux aux nuances si belles, de vert et bleu.

Allongé sur le sable, je ne sais pourquoi, ma lecture fut soudainement interrompue par cette silhouette, qu’il me semblait d’ailleurs, avoir croisé dans le parc à quelques reprises ces jours derniers ? Cette présence m’intriguait, je ne cessais de l’observer, tout en m’interrogeant, je me demandais si cela n’était pas du voyeurisme de ma part ? Malgré tout, mon attirante curiosité vers cette personne, (car cette silhouette n’était autre qu’un être humain) ne cessait de grandir, avec une fébrilité impatiente et totalement incompréhensible.

Elle enleva son chapeau, et commença à se dévêtir assise sur son carton, enlevant ses chaussures et ses grandes chaussettes, puis un pantalon, puis un second, tout ce qu’elle faisait était méticuleux et elle rangeait soigneusement chaque effet, ôtant un pull, puis un autre, un tee-shirt, c’était une femme !!! Elle ne s’exhibait pas, ni se dissimulait, son naturel avait un certain flegme, toutes ses affaires bien rangées, elle se dirigea vers la mer, et y entra sans aucune hésitation, pour y rester un long moment… Au sortir de ce bain, elle prit un flacon et s’aspergea de la tête aux pieds, puis vigoureusement, elle se frotta, c’était un gel douche à n’en pas douter, à voir toute cette mousse, tout y passa, le corps, les cheveux, écartant d’une main l’élastique de son maillot, de l’autre, elle se lavait, devant et derrière, sans ne rien laisser voir. Puis retourna dans l’eau, on devinait chez elle un certain plaisir, elle donnait l’impression de jouer… En étant seule, ne voyant personne, ses yeux semblaient ne voir que des ombres sans regard.

Terminé, son batifolage aquatique, elle retourna sur son carton, avec ce « cache-misère » méditerranéen, qu’est le soleil, en guise de sortie de bain,  (comme chacun sait, la misère est moins pénible au soleil…)))

Je décidais de la laisser en paix, de ne plus l’observer, j’étais un peu dépité, je m’en voulais en quelques sortes d’avoir violé son intimité, le vent se levait la température baissait, mon humeur fumait, j’avais un vague sentiment de culpabilité, je rangeais alors mes affaires, et quittais la plage ; un petit moment plus tard, par la plus pure des coïncidences, je la retrouvais sur le « passéo », j’osais la regarder en face, fixant ses yeux pour percer son expression, sans résultat probant, elle mirait le lointain, étant apparemment ailleurs, là-bas dans son passé ou son avenir, elle me croisa sans me voir, tout en souriant… À qui ? À la vie certainement…

« Nous nous sommes séparés, je ne l’ai jamais revu… »

Ce n’était pas l’une des nombreuses S.D.F. (silhouette De Femme) qu’il m’était agréable de regarder ici à Malaga, fuselées dans un noir élégant de ville, ou bien de sport tout aussi chic, mais celle-ci ne pouvait me laisser indifférent, de plus elle était loin d’être moche et « mal-foutu ». Je pense que ce choix de tenue vestimentaire, d’enfiler plusieurs pulls et pantalons sur son corps tenait plus de la sécurité « antivol » que de l’esthétique pour elle oublié, et de transporter tout ce qu’elle possédait, sans trop s’encombrer, puis peut-être aussi d’éviter, ou tout du moins retarder un éventuel abus sexuel, par des êtres pouvant paraitre peu recommandables, peuplant son univers…

Ha, j’allais oublier de vous dire, je ne me suis pas baigné, il faisait trop froid à mon goût… Quel paradoxe !! Et pourtant ce bain aurait pu m’être bénéfique et purificateur dans un certain sens…

 

 


22/03/2016
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