SANS PRÉTENTION, ni IMPORTANCE

SANS PRÉTENTION, ni IMPORTANCE

La première femme (2)

La première femme ... (2)

De quoi avons-nous parler toutes ces années,
De tout puis de rien, surtout de rien,
Pour éviter à tout moment de se tromper...
Et de s’enliser en des débats Cornéliens...
Puis je revois cette chambre, loin en arrière,
N'étant pas la mienne, ainsi que cette maison,
Ce visage de femme ? Pas celui de ma mère,
Penché sur mon lit, pour quelle raison ?
Plus tard, j'ai vaguement cherché, sans trouver.
Avec elle ma mère, rien de réellement sérieux,
Tout n'était que dérision, à prendre ou à laisser,
Son large sourire, comme un éternel adieu.
Elle nous envoyait faire « les courses » à crédit,
Puis nous demandait de temps en temps,
De changer de boucherie, ou d'épicerie,

Jusqu'au refus de nous servir, des commerçants...
L'argent était rare, sans odeur, et volatile...
À la maison, les portes monnaie avaient des trous...
Les sous que nous avions semblait hémophile...
Ne rien demander la réponse n'était « pas d'sous ».
Le père Noel passait souvent devant la porte,
Déposant, un sachet de chocolat et une orange...
Ce n'est pas de l'amertume que je colporte,
Mais une tranche de vie de ma tendre enfance.
La cigarette la faisait tousser, mais elle fumait,
Je n'aimais pas, puis j'y ai pris goût moi aussi...
Plus tard quand je fus grand, enfin, je le croyais,
Du haut de mes treize ans, la fumée de ma vie...
Sa culture n'avait rien de commun avec le beurre,
De la ferme dans laquelle nous avons vu le jour...
Ses connaissances multiples venaient d'un ailleurs,
Cultivant son à-propos dans l'amour de l'humour...
Deux points d'eau froide dans cette maison,

Pas de salle bains, mais un tub pour se laver...
Une T.S.F, dans la cuisine, un chat sur le paillasson
De la lumière pour éclairer, notre pauvreté...
Combien de fois, du rêve m'a-t-elle vendu.
Sans jamais de mise en garde sur l'avenir,
Jamais un mot plus haut que l'autre, colère confondue.
Parfois, je me demandais que serait mon devenir ?
Je ne voulais plus grandir, et rester dans ses jupes.
Quand se terminait en douleur la guerre d'Algérie,
Rester petit pour ne pas mourir, comme un* dupe,
Dans l'innocence de toutes les soifs de mes envies.
Son cœur, parfois, roulait comme une pierre
Devant elle, traçant le chemin de sa vie,
Soulevant des nuages de grise poussière,
Que seules quelques larmes en guise de pluie,
Venaient rabattre sur sa terre natale.
Un jour dans mes oreilles de gosses, sont tombées,
Des rumeurs qui ce jour encore me font mal,
À sept, huit ans !! On possède ses propres vérités.

Alors quoi penser d’entendre dire que sa mère,

Dans le village ne passait pas pour une sainte,

De par ces ragots doux-amers de vielles commères,
Elle s'en allait parfois noyer son chagrin dans l'absinthe.
Lors de mes évasions enfantines... En silence,
Je voulais être son amant, jaloux de mon père,
Lui qui malgré ce privilège, oubliant cette chance,
Commettait sur elle des brutalités austères...
« Rue de la rigole », dans cette maison en colombage,
Là-haut dans la chambre dite « des parents »,
Elle nous donna naissance, sans « femme sage »...
Des trois !!! Je fus le plus terrible en sortant,
J'ai failli la tuer, brisant tout derrière moi...
Elle en souriait, en riait, ne m'en tenant pas rigueur
En ce temps-là, les grossesses, se passaient sans tralala...

Et l’accouchement rarement dit sans douleur…

Elle m’a vu naître, moi je l’ai vu mourir,

Je venais  tous les soirs après le turbin,

Assister mon père, et veiller ses derniers soupirs,

Elle est partie agitée, me tenant la main,

J’ai encore et pour toujours ce « bout de chandelle »,

Qui éclaira jusqu’à  ses derniers  souffle de vent…

Instants de martyrs de souffrances mortelles.

La mort parfois prend  tout son temps,

Jouissant de ce  malin plaisir sadique

À venir dessiner sur de si doux visages

Des rictus de douleurs maléfiques et fatidiques,

Pour être orphelin il n’y a pas d’âge…..

 

Depuis je me sens comme tel !!!

Et me tourne vers cette boite en fer....

 

  • Un , masculisant volontairement le mot dupe.

 

Joël Delaunay, le 13 mars 2015.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



30/12/2015
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